REVUE DE PRESSE au 20 avril 2013

 

Colette Lambrichs, dans La lettre de la Différence, octobre 2012

« L’histoire est le meilleur des romans quand l’auteur sait écrire. Vous ne serez pas déçu en vous plongeant dans ce gros volume où sont rassemblés et mis en situation toutes les discussions, débats et arguments de ceux qui étaient pour la colonisation et de ceux qui étaient contre. »

Hubert de Champris, dans Liberté Politique, Coup de cœur en date du 20 septembre 2012

Jean-Louis Marçot « s’est mis en quête de comprendre d’où il venait et pourquoi en somme on en était arrivé là. Sa question, au fond, nous la résumerons ainsi : «comment un pareil contre-sens – la colonisation peuplante comme il dit d’un territoire si hétérogène à la France – a-t-il pu trouver un sens aux yeux des socialistes français ? » [...] C’est bien toute sa personne qui ici s’engage [...] l’auteur fait œuvre originale ; il a déficelé des liasses inédites, perçu donc qu’avant lui, on s’était beaucoup répété, qu’on n’avait pas vérifié. [...] il s’efforce de ne rien tenir pour acquis qu’il ne l’ait coupé, recoupé ».

François Pouillon, dans Qantara, octobre 2012

« Cette lecture à rebours d’une histoire qui aime à séparer les « bons » et les « méchants » éclaire d’un jour nouveau la genèse d’une doctrine coloniale qui se donna d’abord pour mission d’apporter ici la civilisation. »

Fadéla Hebbadj, dans le Blog de Mediapart du 5 novembre 2012, et Algérie-Focus

« A la lumière d’une intense et longue enquête sur la construction de l’Algérie-française, Jean-Louis Marçot fait apparaître une intime relation entre le socialisme et le colonialisme. [...] il révèle que dès ses premiers frémissements, l’Algérie-française suit le cheminement d’une impasse, d’un non lieu, d’une utopie.  La philanthropie universelle du socialisme porte le drapeau d’une Atlantide artificielle, d’une utopie dont la destinée est vouée, dès le départ, à la disparition. [...] Jean-Louis Marçot souligne la position ambivalente du socialisme, qui a laissé politiquement s’établir, un indigénisme fondateur. [...] Mais qu’est-ce qu’un socialisme qui inscrit l’exclusion de l’autochtone au cœur de son projet politique ? Jean-Louis Marçot relève cette contradiction dans une habile et studieuse recherche historique. [...] le colonisé est le point aveugle des constructions socialistes, il est le grand absent de la colonisation prolétaire.  Mythes et utopie continuent de façonner le corpus de l’esprit socialiste, parce que même si au cours de l’année 1848, l’hymne de la terre promise est lancé, l’Algérie deviendra une terre de fraternité entre français qui ne laissera aucune place pour l’algérien. »

François Zabbal, Café littéraire de l’Institut du Monde Arabe, 7 novembre 2012

« Sans doute fallait-il être pied-noir et avoir souffert dans sa chair la séparation avec l’Algérie pour entreprendre ce travail d’historien exceptionnel. Jean-Louis Marçot reconstitue le contexte dans lequel le projet colonial s’inscrit, sa généalogie, ainsi que le débat politique et idéologique qu’il suscite. L’historien s’attache à comprendre les origines du choix qui a fait de l’Algérie une colonie de peuplement. Il étudie aussi les raisons qui ont poussé le socialisme à s’impliquer dans le projet colonial alors qu’en héritier des Lumières, il n’était pas destiné à le cautionner. Cet essai ébranle les catégories qui établissent un lien entre le colonialisme et la droite (et l’extrême-droite) d’une part, et l’anticolonialisme et la gauche d’autre part. »

Henri Cazales, dans Radio-Association.20minutes du 26 novembre 2012

«  Deux décennies seulement décrites dans ce volumineux essai, cela suffit à dire la densité de l'analyse et la qualité des arguments proposés... [...] l'auteur ne se satisfait pas des poncifs habituels [...]. L'intérêt majeur de l'ouvrage et sa particularité résident dans le parallèle établi entre la mise en place de la colonisation de peuplement et l'évolution de la société française, en particulier du mouvement socialiste dans toute sa diversité, et dans toutes ses contradictions. »

Gerald Messadié, dans Le Salon Littéraire de décembre 2012

« Disons-le d’emblée : un chef-d’œuvre. Un livre comme il ne nous est hélas pas souvent donné d’en lire, non d’en savourer. Le contenu de ce « pavé » est plus riche que l’auteur lui-même ne le soupçonne peut-être. En effet, cette histoire analytique du sentiment national qui prétendit, au XIXe siècle, phagocyter une terre étrangère, c’est-à-dire la priver de son identité, peut servir de référence à maintes études historiques et culturelles. Il s’impose avec force dans tout examen de la politique générale de l’Occident à l’égard de l’Orient depuis un siècle. C’est dire le talent de l’auteur. Il n’importe que la quasi-totalité du discours actuel sur l’aventure algérienne qui s’acheva à Évian soit aujourd’hui faussé, et que les tirades obligées sur les vertus ou les vices du colonialisme soient creuses. Les faits demeurent, Jean-Louis Marçot s’est donné la peine de les chercher et les a trouvés. Tel est son mérite, outre la pureté du style. [...] En 1844, le journal L’Afrique adoptait cette devise : « L’Algérie, c’est la France ». Ainsi naquit l’Algérie française administrative, avant de devenir un état d’âme, comme on sait, presque en un mot, Algérifrançaise. L’utopie rapace engendra des tragédies, des drames aussi. Il s’en faudrait que Marçot, ancien pied-noir, se dérobe sous le paravent des documents ; il écrit ainsi, vers la fin de son livre : « Qui est aujourd’hui assez naïf pour croire philanthropiques les intentions du président Bush lorsqu’il ordonne les opérations contre l’Irak ? » Ce n’est pas seulement le procès du colonialisme qu’il a magistralement dressé, c’est aussi celui d’une utopie, d’une culture. Son livre est en marbre, il ira loin. »

Jean Boraud, dans Le Monde du 21 décembre 2012

« Que dire aussi de l'exode des pieds-noirs, en quelques semaines, après la déclaration d'indépendance, par centaines de milliers. [...] Jean-Louis Marçot s'interroge sur cet incroyable mouvement de population, unique dans les annales de l'histoire du colonialisme français. Une fuite des pieds-noirs qui abandonnèrent tous leurs biens, sans compensation. »

Denis Sieffert, dans Politis du 10 janvier 2013

« La somme que nous propose Jean-Louis Marçot dépasse de beaucoup l’histoire événementielle. À l’appui d’une foule de documents, l’historien tisse surtout la toile de fond idéologique de l’entreprise coloniale. Ce n’est pas tant l’offensive militaire de 1830 – et ses étapes successives jusqu’à la conquête de tout le territoire algérien – qui intéresse ici que la façon dont la société française s’est accommodée de la colonisation, quand elle ne l’a pas justifiée au nom des grands principes civilisateurs et de la vertu républicaine. [...] Au fil des années, c’est à peu près toute la gauche qui rallie ce que Marçot appelle l’idéologie « coloniste ». La plus belle justification, si l’on ose dire, est peut-être celle des saint-simoniens : faute d’avoir réussi à fonder la société idéale en France, ils se proposent de transformer l’Algérie en terre d’expérimentation sociale. [...] Car voilà bien la constante de toute pensée coloniale. Qu’elle fût de gauche, c’est-à-dire habillée de vertu, ou de droite, c’est-à-dire ouvertement raciste, elle tient toujours le peuple colonisé pour quantité négligeable. [...] Le mérite de l’ouvrage de Jean-Louis Marçot, outre la richesse de sa documentation, est de souligner que l’idéologie de la gauche colonialiste n’était pas seulement, comme on le croit généralement, le produit monolithique du républicanisme façon IIIe République, mais le résultat d’un vaste consensus où se mêlaient utopies et justifications économiques et culturelles. »

Maïté Bouyssy, dans La Quinzaine littéraire du 16 janvier 2013

« Le travail d’un solitaire, Jean-Louis Marçot, offre un bilan des vingt premières années de la conquête à nul autre pareil car il montre une colonisation largement née sous des auspices utopiques et socialistes. [...] Tout d’abord la volonté de comprendre une histoire qui est aussi sa propre histoire anime Jean-Louis Marçot, né en Algérie en 1950. Elle lui donne la ténacité et le souffle nécessaire pour suivre au plus près le moment de la conquête, un véritable martyrologue pavé des meilleures intentions. Ce qui l’intéresse, c’est le paradoxe fondamental d’une Algérie présente dans le socialisme autant que les socialistes l’ont été en Algérie, et cela, dès les premières heures. Son regard de chercheur « indépendant » qui ne s’est lancé qu’à l’âge mûr dans ces travaux de fond lui permet de tout reprendre dans l’autonomie d’une situation extra-universitaire. [...] La partie finale reste majeure. [...] La productivité de ce travail tient à la capacité de l’auteur de creuser un thème, une idée et, finalement, une période, en démontrant ce dont les hommes sont morts plus que ce dont ils ont vécu. »

19e Maghreb des livres – spécial Algérie, Hôtel de ville de Paris, 16 février 2013

Dédicace et entretien avec le journaliste Yves Chemla

Peggy Derder, dans L’Humanité du 4 mars 2013

« Ainsi, l’un des mérites de l’ouvrage est de remettre en cause l’idée communément admise qu’anticolonialisme et socialisme vont de pair. Mais, derrière la belle utopie, l’Algérie colonisée devient le modèle et le laboratoire d’une nouvelle domination de peuple à peuple, auxquels les socialistes contribuent. Comme pour refaire l’histoire, la conclusion de Jean-Louis Marçot affirme que jamais la décolonisation en Algérie n’aurait atteint une telle violence si la colonisation n’avait pas été peuplante. »

Roland Pfefferkorn, dans la Marseillaise du 18 avril 2013

L’ouvrage « de Jean-Louis Marçot [...] a l’immense mérite de rappeler que la guerre d’Algérie n’a pas commencé en 1954, mais bien en 1830. [...] (Il) reconstitue le contexte du projet colonial, sa généalogie, ainsi que le débat de l’époque. Il s’attache à comprendre les racines du choix qui ont fait de l’Algérie une colonie de peuplement et surtout comment celles-ci plongent dans la question sociale. Il étudie les raisons qui ont poussé les socialistes à s’impliquer [...] Jean-Louis Marçot, né en Algérie en 1950, convainc, textes à l’appui, que le socialisme « s’est placé en arrière ou à côté de l’histoire qu’il prétendait anticiper ». Son livre, remarquablement bien écrit, éclaire les causes profondes de la violence de la décolonisation algérienne… »